Ce mémoire tente de reconstituer les conditions d'apparition du design et de voir comment celles-ci conditionnent son statut depuis lors, en tant que discipline et activité professionnelle. Depuis le départ, le design souffre d'un manque de légitimité que les designers tentent de combler par des justifications et des discours de légitimation. Ces discours se retrouvent à toutes les étapes de la vie d'un objet. Ils sont facilement identifiables lorsqu'on analyse les discours émis publiquement par le design et prenant position par rapport à la société de consommation, mais ils existent aussi dès la phase de conception des objets, au cœur même du processus de projet. Le design, au-delà de sa volonté de prendre en charge les stricts besoins, qui se complexifiés avec le développement de la société hyper-industrielle, en arrive à prendre en charge une part élargie de la vie des consommateurs. Sa nature d'orientation lui donne un pouvoir grandissant et en fait l'allié idéal du capitalisme, puisqu'il permet d'apporter à ce dernier la moralité dont il ne jouit pas naturellement. Ce mémoire tente donc d'identifier la spécificité de l'activité de design, par rapport aux autres disciplines qui rentrent en compte dans la production industrielle, et de faire la part des choses, entre sa liberté supposée et son hétéronomie réelle. Il s'agit également d'avoir un regard critique sur sa propre pratique et d’établir quelques bonnes raisons de continuer à faire du design, dans une société où l'abondance de biens de consommation étouffe la planète, enrichit quelques individus, sans pour autant résoudre les problèmes de subsistance d'une majorité.