Séminaire Diplôme
Renaud EGO — Dominique AVERLAND — Claude EVENO
Qu'est-ce qu'un diplôme ? Un début et une fin, un passage, un rite d'initiation qui permet l'entrée dans la vie professionnelle en vérifiant à la fois un style et une capacité. Le style, c'est ce qu'on appelle souvent le positionnement, la manière de chacun pour se situer dans le champ foisonnant de la création industrielle. On le découvre bien sûr par le choix des sujets abordés lors du diplôme, par la façon de les traiter, mais tout autant par la relecture d'un parcours avec une distance critique qui se doit d’être acquise peu à peu pendant les années de formation, à l’école et hors d'elle. La capacité, elle, se mesure évidemment avec l'aptitude à faire projet, c'est-à-dire une pertinence des propositions, une maîtrise des formes et des techniques. Elle se mesure également à la qualité d'une réflexion, à la démonstration d'un savoir penser dont la nécessité se fait toujours plus grande aujourd'hui en matière de design et dont l'expression la plus directe, la plus aisément évaluable est sans nul doute le mémoire du diplôme.
Mais que cherche-t-on à évaluer dans un mémoire quand l'usage accorde à son auteur une totale liberté ? Tout simplement ce qui est requis par le travail de la pensée sur quelque sujet que ce soit, c'est-à-dire : définir une problématique, en cerner les limites en établissant un corpus, faire les recherches documentaires pour le constituer, trouver les textes de références, poser les questions à traiter, les développer ou les résoudre s'il se peut ; bref un véritable chemin de travail intellectuel exigeant beaucoup de rigueur en toutes ses phases. La forme qui en résulte est un choix qui fait partie de ce chemin et doit être, elle aussi, rigoureuse, adaptée à la meilleure restitution possible du parcours et pertinente non seulement par rapport au sujet lui-même mais également par rapport à l'idée d'un métier, celui de designer, lequel est un point de vue singulier, différent de celui d'un universitaire ou d'un ingénieur, d'un philosophe ou d'un poète. Il peut s'agir d'un récit, d'un essai, d'un texte avec ou sans images, d'un livre ou d'un objet d’écriture original — dans tous les cas de figure, l'effort et la densité de la pensée doivent y laisser leur trace et leur preuve.
C’est à ce niveau que l’articulation entre mémoire et projet peut se faire malgré une séparation fréquente des thèmes, à condition que l’enrichissement de l’un par l’autre soit rendu possible par une méthode, une situation de va-et-vient que l’on trouve en séminaire dès la phase deux, dans l’année qui précède l’entrée en phase diplôme : un semestre de travail collectif sur les choix des uns et des autres, animé par Dominique Averland et Marc Partouche, avec la participation de directeurs de mémoire et de projet et de divers intervenants liés aux sujets traités. Tout cela pour que les mémoires trouvent leur justesse face à la réalité de la création industrielle et permettent ainsi aux élèves de mieux savoir où ils vont, aux jurys de trouver ce qu’ils attendent et de mieux apprécier leur valeur.