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Le Grand Paris

Christophe GAUBERT

Comme chacun a pu le constater, l’Etat a décidé de constituer une entité métropolitaine à l’échelle de ce qu’est devenue la capitale, un immense territoire extrêmement divers, composé d’un grand nombre de communes et de départements dont les intérêts et les problèmes ne sont pas les mêmes. Il y a une véritable difficulté de « gouvernance » d’un tel territoire et la presse en a témoigné en suivant les débats entre la Région, la Ville de Paris et les communes concernées, sans compter les Conseils généraux et les institutions clefs de l’aménagement, notamment celles des transports. Pour sortir d’une situation d’impasse à ce niveau, l’Etat a pris deux initiatives : la création d’un secrétariat d’Etat au Grand Paris et le lancement d’un concours avec dix équipes d’architecture internationales sélectionnées. Il s’agit, avec ce concours, de rassembler un maximum de propositions pour la réalisation effective du Grand Paris, chaque équipe étant libre d’aborder la question à sa manière. Celle de Jean Nouvel a sollicité l’Ensci pour participer à son travail. La demande porte sur une chose essentielle : comment se représenter un « Grand Paris » ? La diversité du territoire et de ses pratiques est telle qu’on se figure mal ce qu’il peut y avoir de commun entre les habitants et quelles figures collectives pourraient les rassembler dans un partage d’identité métropolitaine. Pour tenter d’y répondre, l’agence Nouvel propose qu’un groupe d’élèves (encadrés par un designer et accompagnés par des membres de l’agence) étudie une « tranche » du tissu périurbain qui devrait s’inclure dans le projet : une ligne droite tracée de l’aéroport d’Orly jusqu’à la forêt de Sénart, un parcours qui traverse tous les types d’espaces urbanisés, lotissements pavillonnaires, anciens villages, grands ensembles, zones industrielles, infrastructures routières et ferroviaires, des plaines, des pentes et un fleuve, la Seine. Il faudra fabriquer un relevé, des lieux et des usages, avec toutes les techniques possibles, du dessin et de l’aquarelle à la photographie et à la vidéo, de la carte de géographie à la vision satellitaire, et inventer avec tous les matériaux réunis un essai de représentation inédit, utilisant bien sûr toutes les ressources des techniques numériques, seules capables de réunir le disparate dans un tout qui ne se réduise pas à la somme des parties. L’enjeu est donc d’importance, non seulement pour l’agence Nouvel, mais pour l’avenir du Grand Paris lui-même, dont la chance d’exister un jour passe non seulement par l’installation d’une gouvernance mais aussi par la naissance d’un imaginaire.