Pourquoi ce livre sur les matériaux aujourd’hui ?
D'abord nous nous sommes demandés comment raconter la technologie aujourd’hui ? Quels sont les outils de l’ingénieur ? Notre propos était de trouver une nouvelle manière de narrer la technique et la matière. En Grande Bretagne, le designer Chris Lefteri a déjà réalisé une série de livres thématiques sur les matériaux, les technologies et le design. Mais en France, il n’existait pas d’ouvrage dans ce domaine qui soit à l’usage des créateurs.
Et que doit savoir un designer à ce sujet pour bien exercer son métier ?
L’idée était de se dire : on fait un livre qui s’adresse à de jeunes créateurs. Quel doit être le minimum pour dialoguer avec un technicien sans avoir l’air bête ? Nous voulions rompre avec l’image d’une certaine fascination pour les matériaux vécus comme « magiques ». D’où l’idée de revenir aux fondamentaux avant d’aller plus loin. Et Frame, à qui nous avons proposé notre concept, nous a laissé carte blanche.
Quelle a été alors votre approche ?
Nous avons opté pour une forme classique en oubliant volontairement les matériaux dits nouveaux. Ensuite, nous nous sommes demandés ce que l’on pouvait dire des enjeux et des paradoxes pour chaque famille de matériaux, avec la question de l’utilité des mots à chaque fois. Le plan du livre a donc fait l’objet d’un vaste débat. Car, contrairement à un cd-rom, le livre papier n’offre pas la même multiplicité des entrées ni la même organisation. Nous avons voulu faire un travail pédagogique, le plus sérieusement et honnêtement possible, et créer un livre outil en quelque sorte.
La conception des images est assez originale pour ce type d’ouvrage, comment avez-vous procédé ?
Nous n’avons pas voulu associer des images de design à de la technologie. Alors comment faire pour que le livre ne vieillisse pas trop vite en évitant de publier des images devenues obsolètes trop rapidement. En nous basant sur une ossature de textes, nous sommes partis du principe que les livres de technologies sont généralement truffés de schémas, parce qu’un schéma va toujours à l’essentiel. Nous avons donc demandé aux graphistes de concevoir des schémas plus attrayants et plaisants que d’habitude. Ensuite, nous avons dit à Théo Mercier, qui a réalisé les photos de la première partie du livre, que nous voulions des images décalées par rapport au contenu. Résultat, elles ne sont peut-être pas très optimistes mais elles parlent d’elles-mêmes et créent un pont avec l’art contemporain, ce qui permet ce rapprochement entre l’art et la technique que nous estimons primordial. Puis, pour la partie catalogue des matériaux, c’est Véronique Huyghe qui a réalisé les photos en mixant les produits et les matières.
Où situez-vous le designer par rapport l’utilisation des technologies ?
La performance en technologie, comme la vitesse par exemple, est un concept encore très masculin. Alors que le monde a évolué, les gens n’ont pas encore trouvé les formes pour en parler. C’est là que le designer a un rôle à jouer car, à sa manière, il raconte la matière.
Y aura-t-il une suite à Materiology ?
La suite serait peut-être un approfondissement de la dernière partie de l’ouvrage, appelée Think different, où sont regroupés des textes de réflexion. Mais nous n’en sommes pas encore là.
Propos recueillis par Dominique Wagner
Rencontres des Ateliers, le jeudi 2 avril à 18h30 à l’ENSCI, avec Elodie Ternaux et Daniel Kula