ENSCI - Les Ateliers

Le retour médiatique du plastique : les année 90

Décoratif, le plastique alimente la machine à sensations du corps humain

Dans les années 90, les designers revisitent le siège en plastique mais l’essentiel de la production est consacré aux fauteuils. Le tabouret Bubu 1er (1991) de Philippe Starck, édité par XO, réactualise le tabouret Tam-Tam. Très rarement monoblocs, les chaises sont généralement bâties sur une structure métallique (chaise Broadway de Pesce pour Bernini 1993). En 1998, Kartell édite la chaise de Philippe Starck, La Marie fabriquée en polycarbonate, en 2000 Jasper Morrison a designé pour Magis la Air- Chair en polypropylène et fibre de verre.

La chaise Wait a ouvert la voie, elle est une exception, une prouesse technique et commerciale dans le paysage du mobilier contemporain.

Les premiers essais de sièges moulés

Reproductibilité mécanique et non plus manuelle: le siège moderne rompt avec la tradition artisanale.
Au milieu du XIXe siècle, apparaissent les premiers sièges fabriqués en série. En Autriche, Michael Thonet fonde le succès international de son entreprise sur le cintrage du bois à la vapeur. La technique du moulage qui permet de produire en série donne lieu, dans le secteur du mobilier, à des expérimentations à l'avenir assez limité. Elle nécessite des matériaux fluides qui durcissent par évaporation ou refroidissement.
Des sièges sont usinés en fonte de fer (Christopher Dresser -1834-1904 - pour l'entreprise Coalbrookdale. Co), en papier mâché (papier et colle thermodurcissables) ou en gutta-percha (gomme à base de latex extrait d'un arbre de Malaisie). Leur poids ou leur fragilité en limiteront le développement, exception faite des salons de jardin et du mobilier urbain en fonte de fer.

Le moulage en série des formes galbées

Le plastique permet d'assouplir les formes trop raides du contre-plaqué

En 1940, Eliot Noyes (1910-1977), alors directeur du département du design du Museum of Modern Art (New York), lance le concours Organic Design in Home Furnishing. Le siège organique, par ses formes enveloppantes marque le passage de l'assise de représentation, à l'assise de confort fabriquée en série industrielle. L'assisse évolue du maintien du corps au corps maintenu.

Charles Eames (1907-1978) et Eero Saarinen (1910-1961) gagnent ce concours avec entre autre un fauteuil à la structure en coque de bois contre-plaqué en 3D, recouverte de mousse et garnie d'étoffe. Ce prototype, à la forme encore un peu raide, s'épanouira dans les formes plus harmonieuses de la Womb Chair (1948), dessinée par Eero Saarinen pour Knoll. L'utilisation du polyester armé de fibre de verre permet de donner à la coque l'arrondi nécessaire. Trop rugueux et irrégulier, le matériau doit être recouvert d'une garniture de mousse.
Charles et Ray Eames dessinent La Chaise, une méridienne en résine armée de fibre de verre sur un piétement métallique, librement inspirée d'une statue figurative du sculpteur Gaston Lachaise "Floating Figure" (1927).Elle ne sera éditée qu'en 1991 par Vitra. En 1950, ils réalisent avec l'entreprise Zenith Plastics, le fauteuil "plastic armchair" et la chaise DSS (Dining Stacking Chair) qui seront édités par Herman Miller puis par Vitra, à des millions d'exemplaires dans différentes versions de piétements. Le siège coque, fauteuil ou chaise, a trouvé son expression industrielle.
L'usinage de la résine polyester armée de fibre de verre est enfin au point et le siège n'a plus besoin d'être recouvert d'une garniture. Eero Saarinen dessine, en 1956, pour Knoll, la collection Tulip, qui avec son pied central offre une réponse harmonieuse à la liaison du piétement à la coque.

Des sièges entrièrement en plastique : les années 60

Le plastique, outil de l'utopie de la libération du besoin

Le développement des plastiques et des techniques de moulage va permettre de concevoir des sièges d'un seul bloc. Jusque -là, les assises construites selon le principe de la coque en plastique étaient équipées d'un piétement métallique. Ce système sera popularisé avec le siège Mark II en polypropylène de Robin Day dessiné en 1963, pour l'entreprise Hille Ltd (G.B.) et qui sera vendu à des millions d'exemplaires.

En 1948, lors de l'exposition Low Cost Furniture Design organisée au MoMA, Edgar Kaufman Jr., Robert Lewis et James Prestini présentent le prototype de la première chaise en plastique, moulée d'une seule pièce.

L'entreprise italienne Kartell édite, en 1967, la chaise Universale de Joe Colombo. Elle est considérée comme la première chaise commercialisé, moulée dans un même matériau, d'abord en ABS puis en polypropylène. En 1966, l'entreprise allemande Bofinger édite la première chaise en plastique réalisée d'un seul bloc et dessinée par Helmut Bätzner (1928- ). De nombreux modèles de chaise en polyester renforcé de fibre de verre sont alors édités. Au modèle traditionnel à quatre pieds s'ajoutent des versions plus organiques comme la chaise de Verner Panton, dessinée en 1960 et éditée en 1967 par Herman Miller ou l'extravagante chaise Floris (1967) de Günther Beltzig, éditée à seulement 15 exemplaires. Le plastique va permettre d'explorer de nouvelles typologies d'assises allant du mobilier gonflable en PVC:fauteuil Blow de Jonhatan De Pas, Donato d'Urbino, Paolo Lomazzi et Scolari édité par Zanotta en 1967, les multiples assises du designer français Quasar, le Sacco de Gatti, Paolini et Teodoro édité par Zanotta en 1968.

Tabouret Tam Tam, Henry Massonnet, 1968, distribution Philippe Barbier

Le choc pétrolier de 1973 marque une désaffection de la création pour le mobilier de plastique. Il poursuit cependant une fulgurante carrière commerciale anonyme dans la vie quotidienne du grand public. En France, le Tabouret Tam-Tam, dessiné en 1968 par Henry Massonnet et distribué dans un premier temps par Philippe Barbier, est vendu à presque dix millions d’exemplaires.

Fauteuil Java, Henry Massonnet, Stamp

Le fauteuil de collectivité ou de jardin en plastique intègre l’environnement visuel du dernier tiers du XXe siècle. Henry Massonnet produit en 1973, dans son usine Stamp, le premier fauteuil en polypropylène injecté. Pierre Paulin alors designer à l’agence ADSA, en dessine plusieurs modèles.

Fauteuil de jardin Boston, Pierre Paulin pour Henry Massonnet, Stamp