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Le Labex Cap

Dans le cadre du Labex Cap, Paris Design Lab est partie prenante de 3 recherches sur trois ans : 

  • Arts, innovation, industrie
  • Anthropologie de la collection
  • Donner forme au futur

Les réunions, séminaires et colloques sont ouverts. Prendre contact avec Sophie Pène (sophie.pene(at) ensci.com )

Thème 1 : ARTS, INNOVATION, INDUSTRIE

INHA, EHESS, Musée des Arts Décoratifs, ENSCI - Paris Design Lab.


Une réticence française pèse, de longue date, sur les enquêtes qui se donnent pour objet matériaux et procès de production. La technè aristotélicienne a, au fil des siècles, abrité ces thématiques parce qu'elle constituait une voie médiane entre théorie et pratique : la voie du produire. C'était la voie des arts. Plus qu'ailleurs, elle a été, en France, mise au rancart par la science moderne. Cette disqualification pèse lourdement sur notre appréhension des relations de l'art et des arts, de l'art et du design, de l'art et de l'industrie, du design et de l'industrie, comme elle obscurcit la dynamique de l'invention.

Repenser la technè à l'heure où l'innovation industrielle impose de nouvelles approches du matériau et des usages, peut être une source de renouvellement pour l'histoire et la théorie de l'art (le précédent de l'histoire viennoise de l'art au début du XXe siècle en témoigne) autant que pour ceux, ingénieurs, designers, architectes, informaticiens, qui sont engagés dans la dynamique de l'invention.

L'atonie de la recherche dans cette zone indécise située entre histoire des arts, industrie et histoire des sciences, entre philosophie et sciences de l'ingénieur, contraste avec le dynamisme qui se manifeste aujourd'hui à l'échelle internationale: on y voit fleurir des programmes de recherche ambitieux autant qu'interdisciplinaires qui revisitent un ordre de questions suscitées, au milieu du XIXe siècle par l'Exposition Universelle de Crystal Palace (la distinction art /industrie, artisanat / industrie, art / artisanat, etc.) et placent le matériau au centre de leur approche : « An Iconology of the Textile and Architecture » à l'université de Zurich, « Craft », le programme de Graduate Studies du Victoria and Albert Museum (Londres), « The Clever Object » ou « The Material Life of Things », au Courtauld Institute (Londres), « The Maker's Knowledge Tradition » (Institut Max Planck pour l'histoire des sciences, Berlin) … Dans ce réseau international en cours de constitution il est urgent d'inscrire les problématiques travaillées par un réseau de chercheurs français pour l'heure embryonnaire.

ÉTAT DE L'ART 

Depuis janvier 2011 un séminaire associant chercheurs de l'INHA, de l'EHESS, de l'ENSCI, ingénieurs du CNAM, conservateurs du Musée des Arts Décoratifs et de la Manufacture de Sèvres, designers, juristes et universitaires, se tient le premier jeudi de chaque mois au Musée des Arts Décoratifs. Il a pour enjeu de défricher un territoire de recherche peu fréquenté en France en organisant la convergence de métiers, de démarches et de traditions de recherche jusqu'ici parallèles, de dresser un bilan des recherches menées à l'échelle internationale, d'insérer ses chantiers dans les circuits internationaux.

PROJET 

Le séminaire « Arts, invention, industrie » a vocation :

  • à déployer un programme audacieux d'invitations de chercheurs étrangers, qui jette les bases d'un futur Center for Advanced Studies,
  • à mettre au point un programme de publications / traductions, utilisant les ressources du numérique, qui (re)constitue, en France, l'humus d'une culture de la technè,
  • à susciter et accueillir doctorants et post –doctorants selon une modalité nouvelle associant, selon les thèmes de recherche, musées, écoles de design, écoles d'ingénieurs et institutions universitaires. Ateliers et universités d'été constitueront la phase préparatoire de ces partenariats inédits.
  • à élaborer des thèmes de recherche interdisciplinaires et des programmes d'enquête exploitant les ressources (fonds d'archives, collections, bibliothèques) des institutions partenaires.

ENQUÊTES

  • Les Kunstgewerbemuseen autant que les musées anthropologiques offrent l'exemple de ces musées indexés à l'histoire et à l'anthropologie des techniques, à la logique du matériau, qui ont été éclipsés par le modèle du musée des beaux –arts. L'exploration des archives de ces musées de la « culture matérielle » et la restitution de leurs programmes théoriques (Gottfried Semper, Franz Boas, Alois Riegl, etc.) est l'enjeu d'un programme de recherche.
  • Historiens et technologues. La France de la seconde moitié du XIXe siècle a connu la floraison de plusieurs générations d'historiens de la technologie aujourd'hui oubliés (d'Albert de Rochas à Jacques Lafitte) qui constituent la postérité savante, indexée à l'essor de l'industrie française, du saint- simonisme. 
  • Craft & Maker's knowledge Tradition. La question du faire comme mode de connaissance coïncide avec un réinvestissement récent de la question du « craft » ou « maker's knowledge », dans des champs très différents : anthropologie (Ingold, Sennett), sociologie et philosophie des sciences (Shapin & Shaeffer, Latour, Rheinberger, Galison) et des techniques (Akrich, Latour), théorie et histoire du design (Adamson), tandis que le réinvestissement de cette question dans le champ de la théorie de l'art demeure, pour le moment, et malgré des antécédents prestigieux (l'école viennoise d'histoire de l'art au début du XXe siècle, Focillon en France) marginal. 
  • L'esthétique des juristes. Les juristes ont, depuis le XIXe siècle, au fil des décisions de justice concernant l'art et les arts appliqués / industriels, le droit d'auteur, les brevets et patentes et la propriété intellectuelle, livré un arsenal théorique d'autant plus riche et efficient qu'il est demeuré implicite.
  • Matière d'invention / Nouvelles matérialités. Penser les nouvelles matérialités, matérialité numérique comprise, est à l'ordre du jour pour l'architecte autant que pour l'ingénieur. Le corpus théorique classique et les dichotomies qui le soutiennent (matière / forme, art /design …) n'aident guère à penser cette condition de l'innovation. Il s'agit de formuler les ressources théoriques que cette invention matérielle requiert aujourd'hui.

À ces divers projets de recherche, la richesse des fonds d'archives, des collections et des bibliothèques du CNAM, des Arts Décoratifs, de la Manufacture de Sèvres, de l'INPI ou de la BNF, autant que l'observation des Fablabs, des incubateurs d'entreprises, des ateliers et des laboratoires de recherche industrielle offrent un terrain de travail à long terme.

Thème 2: Anthropologie de la collection  

ENSCI - Paris Design Lab, avec l'EHESS (Anthropologie de l'écriture, IIAC), le musée des Arts Décoratifs, le CEDRIC (CNAM). 

 

Plusieurs projets nous ont offert des partenariats avec des musées, dont le Musée des Arts Décoratifs et le musée du Quai Branly. Musées des cultures matérielles, ils se révèlent un terrain remarquable pour expérimenter les usages des collections, la collection étant prise dans un sens très large qui peut comprendre l'ensemble des documents virtuels, y compris hors musées. 

Le design numérique est ici pleinement concerné, comme une activité créatrice capable de saisir ensemble les questions d'espace, de parcours, de dispositifs interactifs, mais aussi de nouveaux espaces publics et d'empowerment. 

 

A partir de quoi le discours sur une œuvre est-il élaboré dans sa forme « publique »?
Le dossier d'œuvre conserve la totalité des traces écrites et photographiées de la vie d'une œuvre – et sa mort éventuelle. Il comporte des originaux tels que courrier, factures, publicités, catalogues de ventes, ainsi que de la documentation sur l'œuvre (bibliographie, comparaisons, argumentaires, choix de restaurations etc.). La fiche d'inventaire, véritable « carte d'identité » de l'œuvre est le résultat écrit, du savoir scientifique qui entoure cette œuvre (dénomination, description analytique, circonstances de création, utilisation de l'œuvre, matières et techniques, mesures, localisation, statut administratif, bibliographie etc.). Mais ce savoir total fait forcément l'objet d'une sélection à l'intention du public : le conservateur décide de ce qui sera publié ou non sur les cartels et fiches de salles. Enfin lors de l'exposition de l'œuvre, une série de choix scénographiques sont autant de décisions qui influent de manière décisive sur sa perception. 

 

Les technologies contemporaines au service du regard critique.
Ces tris successifs qui s'opèrent nécessairement dans l'élaboration de la pensée transmise à tout autour d'une œuvre en constituent finalement l'identité « publique ». Au final, le visiteur n'a donc à sa disposition qu'une connaissance fragmentaire, mais jugée essentielle, de cette œuvre. Toutes ces opérations méritent aujourd'hui un regard critique à la faveur des technologies contemporaines qui « augmentent » nos facultés de perception et de découverte de savoirs jugés jusque là trop spécialisés. Le visiteur pourrait construire « son » parcours, s'approprier les informations « rejetées », faire des liens spontanés, créer des lectures nouvelles. Dans quelles conditions ?

 

Le “tri”, une opération clé pour comprendre les coopérations musées / numérique. 
Les industries des télécommunications considèrent les collections comme des contenus à transmettre et à agencer. Les applications courantes proposent de faciliter la circulation des publics dans les collections, en concevant des parcours profilés. Nos recherches entreprennent d'inverser le point de vue : nous souhaitons partir des pratiques de métier et présenter, à partir de l'idée un peu provocatrice de « tri », un regard autre sur les contenus. La contribution de recherches de terrain apporterait ainsi une vue actuelle sur les métiers et les pratiques, susceptibles d'enrichir les dialogues de conception et de création, comme les relations avec les partenaires de R&D, designers et ingénieurs.

Un groupe d'une dizaine de chercheurs issus de différents laboratoires (IIAC, CEDRIC, DICEN, ENSCI) et musées (Arts Décoratifs, Arts et Métiers, Quai Branly) s'est constitué, réunissant des compétences de conservation, d'anthropologie de l'écriture, de conception de services numériques, de design numérique. Nous souhaitons présenter lors des rencontres de février les différentes situations de recherche autour desquelles des équipes se constituent :

  • analyse du dossier d'un objet
  • enquête de terrain sur des pratiques de tri situées (préparation d'une exposition)
  • retour sur des choix curatoriaux d'expositions récentes par une enquête auprès des protagonistes (Museogames, choix d'œuvres, approche transmedia, rôle des documents, Galerie d'étude du musée des Arts Décoratifs)
  • interrogation des pratiques de « curating numérique » (analyse de la conception et des usages de différentes réalisations numériques Décorative, CnapN, applis iPhone et iPad du Musée du Quai Branly )
  • analyse des acceptions contemporaines de « curation » dans le champ sémantique du musée et dans celui du numérique
  • éventuellement observation participante des pratiques des usagers de Pompidou virtuel (graphes de parcours), groupes « bêta testeurs », étudiants et chercheurs.

 

Thème 3: COMMENT DONNER FORME AU FUTUR : CREER, PROJETER, PROSPECTER ?

ENSCI - Paris Design Lab avec l'équipe Anthropologie de l'écriture et le GERPHAU coordonne dans le cadre du Labex CAP le thème "Donner forme au futur », qui unit anthropologie et design.

En quoi les pratiques créatives , en particulier le design, éclairent-elles la question du futur, telle qu'elle se pose à notre époque, et telle qu'elle se pose aux sciences sociales, invitées de plus en plus expressément à répondre soit à une demande d'innovation, soit à une demande prospective ? 

La question de la création a pénétré l'ensemble des sciences sociales, selon des formes diverses qui vont du discours sur la nécessité d'être innovant, à des questions plus inattendues, sur l'invention du futur, et même sur  la capacité prospective des sciences sociales. Paradoxalement, c'est parce qu'elles sont des pratiques de la description qu'elles se trouvent investies de capacités prospectives, ce qui n'est pas sans poser d'importantes questions épistémologiques. 

L'anthropologie fait partie des disciplines sollicitées aujourd'hui par la réflexion générale sur la transformation et la réinvention de nos sociétés. On voit s'ouvrir le champ de l'anthropologie du futur qui introduit la prospective comme une capacité des sciences sociales. Dans ce cadre, l'intérêt de l'anthropologie pour la création se manifeste par des recherches sur les archives de la création, sur l'observation de pratiques créatives et des formes de collaboration entre arts en industries, sur l'interprétation de ces données avec une perspective projective : 

  • Les archives de la création (dossiers d'œuvres, carnets de croquis) apportent des éléments formels (dessins, maquettes, prototypes) sur les étapes qui mènent d'objets connus à des objets nouveaux, et donnent accès aux différents régimes qui mêlent présent et futur, certain et potentiel, réel et projeté. 
  • Des évènements culturels (fondations d'institutions, fondations artistiques, festivals) documentent un discours contemporain sur la prospective (discours d'anticipation, projection sur le monde à venir). 
  • L'anthropologie elle-même, en tant que discipline saisie par la question de la création, trouve des points de référence dans cette confrontation avec les disciplines créatives. 

L'innovation est associée à l'expérience de la matière, nous faisons l'hypothèse que le traitement par les designers de certaines matières nouvelles (la matière digitale, les matières issues du biomimétisme, les smart textiles, ou nanomatériaux) est une ressource pour observer des processus anticipateurs de nouvelles industries, nées dans les Fablabs et Hackerspaces investis par les designers er artistes.