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Fiction d'espace

Par Laure GARREAU Aurélie ECKENSCHWILLER

Nous sommes parties de l'observation de dispositifs mettant en scène la représentation de l'espace, faisant de l'espace géographique un objet manipulable. Ainsi, dans Google Earth, la terre est réduite à un objet que l'on peut faire tourner, pivoter, plus vite, de plus loin, de plus près. Ces manipulations montrent les limites de ces représentations fictionnelles lorsque des défauts d'affichage surviennent et les trahissent, révélant leur statut d'image 2D. Nous avons cherché à retrouver ces bugs, ces défaillances du procédé technique qui révèlent la nature et la matière de l'image numérique, mettant en faille l'objectivité clamée de telles représentations de l'espace.

Nous nous sommes alors intéressé à un autre dispositif générateur d'un autre type de représentation du réel, une autre typologie de fiction d'espace : la caméra de videosurveillance. La caméra de vidéo surveillance est génératrice d'images sans regard, donc, a priori objectives. En mettant le dispositif de captation en mouvement, en difficulté par rapport à son utilisation prévue, nous proposons d'interroger les limites de représentations auxquelles elle nous habitue. En résulte un autre espace dans l'image, un espace fictionnel, généré par les déformations de l'image par le mouvement.

La caméra ne résiste pas au mouvement, on ne lit plus l'espace que par bribes, brutales, saccadées, on lit l'espace de l'amplitude du mouvement. L'inertie du mouvement est perceptible jusque dans chaque image de la séquence vidéo. Le mouvement déforme, triture, sature. Il se propage d'image en image générant ainsi une image fictionnelle de l'espace capturé.