ADN : 10 ans déjà

Jean-Louis Fréchin est designer et architecte, diplômé de l’ENSCI, fondateur et directeur de l’agence NoDesign.net, fondateur et directeur de projet de l’Atelier de design numérique à l’ENSCI-Les Ateliers, depuis 1999. À l’occasion de l’événement Futur en seine, l’ENSCI fête les dix ans de l’ADN et du concept de Design Numérique, le 2 juin 2009.

 

La situation en 1999 était-elle propice à la création d'un atelier de design numérique ?

En 1998-1999, on est en pleine maturité du multimédia, en témoigne le CR-ROM du Louvre. C’est le démarrage de l'Internet grand public. On parle de design des nouveaux médias. Le premier IMac vient de sortir.
Les Medias, ce n'est pas notre histoire, nous imaginions que l’ordinateur pourrait permettre de nouvelles applications, de nouvelles fonctions, de  "nouveaux objets", centrés sur les usages et les services. Nous envisagions que cette " économie" allait devenir un nouveau monde industriel et qu'elle avait besoin d'un dessein et de dessins.
À l’ENSCI, on était déjà sensibilisé puisqu’il existait depuis deux ans le Mastère spécialisé en création multimédia. En parallèle du premier Atelier de projet, nous organisons donc un comité de réflexion sur le thème du design appliqué au multimédia. Il en ressort alors qu’il ne fallait pas penser média, narration ou graphisme mais objets, applications, fonctions, services et usages.
Cette approche s'inscrivait dans le projet de l’ENSCI et il était assez spécifique et singulier à l'époque.
Le concept de design numérique est ainsi né de la nécessité d'élargir le concept d'interaction et d’inventer de nouvelles représentations des dispositifs techniques avec une dimension symbolique, esthétique fonctionnelle centrée sur les usages et les gens.
Une approche qui s'inscrit dans une généalogie du design continental européen et qui marque notre double appartenance industrielle et culturelle.
Je préfère le terme de design numérique à celui de design d’interaction car le design, tel qu'il est enseigné à l'ENSCI,  se situe dans une approche globale et contextuelle : le projet. Le design numérique traite donc de situations (espace/temps/événement), d'interactions (la création de relation) et de représentation (la forme que l'on donne au tout). La question des représentations est centrale car le numérique multiplie les formes visibles et les formes invisibles.
Dans le champs des technologies et du design, nous nous inscrivons également dans une approche française selon laquelle on tient pour acquis la question de la création, de l’esthétique, des valeurs humanistes et des dimensions projectuelles du design.
À l’ENSCI, le design numérique se développe autour de la culture du "produit" et du "projet" parce que les élèves ont un apprentissage à la fois diversifié et généraliste du design.

Comment s'est déroulé le premier atelier avec les premiers élèves, la première thématique ? 

Au début l’ADN était vu comme un "Objet inconnu" dans l’école. Pour le premier atelier, nous avons travaillé avec un groupe d'une quinzaine de tous jeunes élèves. Ma première proposition de projet a été «  jouet numérique », un objet nouveau qui n’etait pas le jeu vidéo, inscrit dans une histoire des médias et de la narration mais un véritable jouet. Quelques réponses préfiguraient les objets communicants et des applications d'aujourd'hui.
Petit à petit, l’ADN a pris sa place : en 2001, premières relations avec la FING* ; en 2002, premier diplôme avec un projet de design numérique. Viendra ensuite, en 2003, le premier partenariat avec France télécom sur le projet « Mobilité ».


Quels ont été les projets marquants menés par la suite dans l'atelier ?

Le projet Amour, Les petits débrouillards, le projet avec Kenwood, Objet vivant, Mémoire… Ce sont les projets avec lesquels il y a eu une symbiose entre les élèves et le sujet et, par conséquent, des productions intéressantes.



Dix ans après qu'est-ce qui a changé ? Cet atelier doit-il évoluer plus vite que les autres de par son contenu et sa vocation ?

Aujourd’hui, on sait qu’il faut harmoniser la technologie et les produits/services au regard des attentes humaines et des enjeux et défis contemporains. A l’ADN, on a fait du chemin, on a exploré et on a mûrit. Nous ne cherchons pas à courir après les technologies mais nous souhaitons, toujours plus loin dans leur humanisation, allumer des lumières en quelque sorte et explorer les nouveaux territoires du design.
On peut dire que les possibles autour des « Internet(s) des objets » sont une synthèse de ce que sait enseigner et produire l’ENSCI.
L'ADN, c’est un lieu de production de pensée et d’invention de nouveaux objets, mais aussi d'enseignement, il ne faut jamais l'oublier.



Et demain, envisages-tu des changements ? Comment vois-tu l'évolution de cet atelier ?

Aujourd’hui, sur la session de diplômes du mois de mai, près de la moitié des projets intègrent du design numérique et dessinent de nouveaux paysages, de nouveaux usages, des économies nouvelles.
Le design numérique, c'est la création de propositions d'usages, de pratiques, d'expériences, d'inscriptions culturelles, de ressentis, de nouvelles matérialités, de nouvelles formes, de nouveaux symboles et de nouvelles esthétiques. Il va disséminer partout.
Le propos de l’ADN sera alors d’investir de nouveaux domaines, contextes ou situations et d'y amener des valeurs sensibles portées par la création industrielle : les hommes d'abord.

Propos recueillis par Dominique Wagner


Les 10 ans de l’ADN, à l’ENSCI, le 2 juin de 19h30 à 23h00

*Fondation Internet Nouvelle Génération