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Pléthore

Par Élise CARON -

Le contour flou m’évoque intuitivement une sensation de trouble, de trop plein, de surabondance, de démultiplication, de débordement. Une pléthore. L’aspect touffu est très vite devenu omniprésent dans mes maquettes, traduit par des matériaux très différents comme des clous, des cures dents ou encore des tasseaux de bois collés sur des surfaces textiles. Malgré la raideur des tiges, le flou apparaît par la multiplicité des composants et par la fluidité du support. Des ombres se créent, des plissés se révèlent. Le mouvement est indispensable, il anime cette matière. Le toucher et le son expriment une douceur surprenante, en contraste avec la vision de l’ensemble. La couleur du bois et sa sonorité chantante et délicate comme de la pluie donne une chaleur à la matière qui d’aspect parait plutôt piquante. La perception est paradoxale, les sens sont floutés.
En changeant d’échelle, je découvre de nouvelles propriétés ou contraintes : le son s’affirme et les mouvements nécessaires pour activer la membrane deviennent plus amples. En vêtement, il métamorphose le corps, il devient animal, amusant, déroutant. L’architecture corporelle est floutée, les mouvements humains animent le bois comme une fourrure sonore.
Paradoxalement, pour construire ces étoffes floues, il faut patience, rigueur, précision. Ce fort contraste entre le résultat et la méthode, m’interroge, obtenir du flou par des structures nettes, prendre de la distance pour regarder une matière qui échappe à sa propre construction.
En définitif, la production de ce semestre est une recherche ouverte, une série d’expérimentations qui pourrait encore se décliner, se développer à l’infini. Une collection de textiles sonores, de vêtement instruments, troublant la perception, une nouvelle image du corps, qui pourrait s’appliquer aux objets du mouvement.