ENSCI - Les Ateliers

Pratiquer le son

Du 01/09/2005 au 31/01/2006

Introduction

 

Aborder un sujet autour du son et de la musique est chose complexe.

En effet le numérique et la liaison internet haut débit ont bouleversé et profondément modifié la manière de « consommer » la musique. Tout le monde est là pour en attester.

De plus, derrière le son et sa diffusion se cache une complexité technologique extrême, où il est difficile pour l'utilisateur de se retrouver.

Ce sont deux aspects importants dont nous tiendrons compte lors de cette étude.

Nous tenterons de nous défaire de cette « consommation » passive de l'utilisateur, pour ramener la musique à sa juste place : un espace culturel riche en imaginaire, où l'auditeur pourrait « pratiquer » le son, pour mieux le comprendre, se l'approprier et l'échanger dans un rapport de partage et non de « marchandage ». En effet, cela ne sert à rien d'avoir une bibliothèque de 10 000 morceaux, si l'on n'en sait rien, ni quoi en faire. Quality, not quantity.

De la même manière, le « pilotage » et la manipulation d'un objet technologique comme une chaîne hi-fi ou un autoradio, pourraient se faire de manière plus intuitive, plus simple et donc plus personnelle.

À travers LA musique, il s'agit de faire naître SA musique.

Projet

Nous aborderons le projet KENWOOD en deux phases : La première se consacrera à l'étude d'un équipement fixe, la seconde à un équipement mobile, en mouvement.

1ère phase : modeler son environnement sonore dans un espace fermé (bureau, maison,…).

Nous examinerons le rapport qu'entretient la châine hi-fi avec le mobilier et l'architecture intérieure qui l'entoure. On orientera l'étude vers un « modelage » du son de manière plus physique, plus sensible. Ainsi, on pourrait concevoir une série de dispositifs, d'objets qui, en les manipulant, peuvent changer et modifier la texture, la balance, l'enveloppe, la réverbération, … d'un son ou d'une musique. Il s'agira pour nous d'intervenir à travers des objets physiques et concrets sur la nouvelle matière numérique du son, afin de redonner une sensation et un plaisir physique à l'auditeur. Plaisir non seulement auditif, mais aussi tactile, visuel…

Nous travaillerons également sur le caractère dédié propre à certains diffuseurs (haut-parleurs) en fonction de la situation où ils se trouvent (cuisine, salle de bain, salon, …), de leur propre restitution d'une texture sonore (le crin crin des actualités matinales, l'écoute enveloppante d'une symphonie, …) ainsi qu'en fonction du temps où l'on écoute tel ou tel son (le « son » du matin pourrait être différent du « son » du soir, ou de la journée de travail).

En résumé, il s'agira de redonner un corps à l'écoute de sa musique.

 

2ème phase : se mouvoir dans un rêve éveillé.

Il s'agira de repenser le rapport que l'on entretient avec l'extérieur lorsqu'on se promène en écoutant de la musique (en voiture, à pied, …).

Le baladeur et son casque tentent à tout prix d'isoler l'auditeur dans une bulle qui n'appartient qu‘à lui. Prenant le contre-pied de ce constat, nous tenterons plutôt de faire dialoguer les sons extérieurs (voitures, oiseaux, cris d'enfants, …) avec la musique que l'on est train d'écouter (par l'intérmédiaire d'un haut-parleur/micro par exemple). Cette porosité à l'environnement aurait pour conséquence, par exemple, la construction en temps réel de sa propre bande-son, où se mêlerait le chuchotement d'une voix à une plage de synthétiseur, le crissement des pneus à une pièce de Varèse. On pourrait imaginer également que la texture d'une musique écoutée à Paris soit différente à Tokyo.

Il s'agit de travailler sur cette porosité, cet échange de son, afin de faire naître chez l'auditeur la sensation d'être dans une fiction, dans sa propre fiction.

Afin d'aller plus loin dans cet échange, on se préoccupera de la manière dont cette bande-son (véritable carnet intime sonore) peut être partagé par tous, en reliant cet appareillage aux différents réseaux (via GPRS, WiFi, …), afin peut-être d'être l'auteur de sa propre webradio ou de son podcast.

Nous penserons ces deux équipements (fermé et mobile) de manière à la fois complémentaire et autonome. Il s'agira de construire un système ouvert.