Vivre dehors

Du 01/02/2003 au 01/07/2003

Quels nouveaux services pour les espaces publics actuels déqualifiés

Proposition pour des kiosques du futur
Le projet se situe dans le prolongement du thème précédent durant lequel les élèves avaient été amenés à réfléchir sur le sens et le statut de l'espace public (l'espace des publics), afin de définir les conditions de leur intervention, à partir d'un sujet qu'ils avaient, au préalable, caractérisé. Dans un premier temps, les élèves ont défriché et analysé, en essayant d'orienter clairement leur regard vers des notions critiques, (sociales, économiques, *, sociétales) de l'espace public, trois territoires différents : la gare du nord, le Palais de Tokyo, le site Internet de Lille 2004. Cette étape leur a permis de définir une proposition de cahier des charges, et de développer à partir de celui-ci un projet qui devait être un dispositif de 1 à 30m2, mobile et reproductible, s'articulant autour de ces trois typologies d'espaces publics .

Le projet de ce semestre propose aux élèves de réfléchir plus particulièrement à la porosité et à la mobilité des frontières entre espace public et espace privé, en analysant plus particulièrement l'impact des nouvelles technologies sur les comportements individuels et collectifs.
Avec les services attachés aux micros équipements et aux divers types de mobiliers urbains, kiosques, conçus afin d'inscrire des fonctionnalités et des usages collectifs/communs dans le prolongement spatial immédiat (le quartier, le voisinage) et nécessaire de la sphère privée, l'espace public constituait jusqu'à il y a encore peu, un possible lieu de vie temporaire et transitoire des hommes, un lieu de confrontation et de reconnaissance de leurs identités sociales. Il pouvait ainsi répondre à des besoins individuels d'urgence : manger, se laver, à certaines nécessités : téléphoner, et aussi à des enjeux plus collectifs : se réunir, débattre, se retrouver dans l'espace public. On pouvait l'utiliser pour y exercer des activités, en respectant certaines règles, mais de manière fluide, et accessible au plus grand nombre. On aurait pu même établir de la sorte une cartographie de l'espace public afférente aux multiples situations spécifiques qui le caractérisaient, le déterminaient par certains usages, à certains moments, dans certains lieux précis. L'espace public proposait ainsi pour tous, des lieux d'accueil de l'arrêt et du repos des individus, recueillait certaines nécessités du commerce et de l'échange de proximité, proposait des espaces pour l'hygiène quotidienne... . Il constituait un lieu véritablement ouvert, apte au recueil de multiples possibles. Lieu des parcours, des échanges il était un espace vivant, scène de la vie sociale et toujours en reflet de son évolution, de ses manifestations, ses problèmes, ses aspirations, ses craintes ; de l'ensemble de ses mouvements en général.
Or aujourd'hui, de nombreux objets identifiants de fonctions spécifiques, sont en moindre nombre, ou ont complètement disparu de l'espace public, de part leur obsolescence (bancs, sanitaires, bains-douches, ...kiosques à musique, kiosques à fleurs, photomatons, cabines téléphoniques, lavomatiques...), nombre d'entre eux étant maintenant contenus dans l'espace domestique. Ce mouvement n'est pourtant pas symétrique. La migration se faisant essentiellement du public vers le privé, les services qui équipent la sphère domestique tendent à la fois à la caractériser dans une nature de plus en plus sophistiquée, mais ont aussi pour conséquence de la détacher de plus en plus de la sphère publique, établissant par incidence des frontières concrètes de plus en plus marquées entre les deux.

En "mouvement inverse" on observe que l'individu, en dehors du contexte de son habitat, par le biais d'une utilisation croissante de technologies, fait déborder sa sphère privée parfois la plus intime, dans l'espace public. Baladeurs, mobiles, portables, technologie du Wap transportent une partie de notre intimité dans l'espace public, au risque de n'accorder à ce dernier qu'un rôle d'extension, de support de notre sphère privée au risque aussi de dénier autrui, d'éviter tout contact avec lui.
Les nouvelles technologies liées au réseau induisent et accélèrent cette tendance. Une grande partie des lieux de convergence, de partage et d'échanges qui caractérisaient hier l'espace public, se sont déplacés et ont investi eux aussi la sphère privée du logement, via internet. S'instruire (après les cours par correspondance, les cours on line), lire (essor des bibliothèques et livres virtuels à la dernière Foire Internationale du Livre de Francfort), acheter (e-commerce), se divertir (e-cinéma, e-game), débattre (chats)..., travailler, communiquer, peuvent se pratiquer depuis son domicile, et la tendance est au développement de polarités virtuelles dans des sphères de plus en plus nombreuses, les rendant ainsi directement accessibles et manipulables depuis son ordinateur ou téléphone portable.

Sur un plan quantitatif, les sites virtuels et les lieux vers lesquels les individus se déplacent le plus, sont essentiellement liés à la consommation et aux loisirs de masse. Devenus les nouveaux territoires de convergence de tous les publics, les centres commerciaux, leurs pendants "culturels" les multiplexes, mais aussi les gares, les aéroports, simulent des ambiances d'espaces publics, en imitant leurs typologies architecturales (places, rues, centres) pour attirer et rassurer les citoyens, et leur montrer qu'eux mêmes constituent maintenant les nouveaux espaces du partage, aptes à les accueillir et à permettre même leur expression. En parallèle les sites Internet les plus visités procèdent d'une pareille "pâle imitation du réel" pour rassurer le citoyen. Un citoyen en réel ou virtuel, avant tout considéré comme un consommateur de biens, de services, de loisirs, par des systèmes réels et virtuels réglés, cadrés, développés, contrôlés et orientés presque exclusivement vers cette seule finalité.

Qu'en est-il de l'espace public immédiat, proche, cet environnement partagé, prolongement quotidien de nos univers privés? Peut-on réfléchir au devenir des espaces publics de proximité, en inventant des supports d?expérimentations urbaines «alternatives» qui puissent soustraire à la logique marchande généralisée des espaces et des temps plus sociaux, permettant usages et liens nouveaux, par le biais de la création de micro-équipements urbains. Ces derniers mettraient à la disposition des citoyens les moyens, les outils de cette prise de conscience vis à vis de l'urbain. L'échange, la création, la coopération pourraient reconstituer un environnement public vécu et vivant offrant une gamme de services accessibles à tous, à tout moment, dans une logique de fluidité, de modularité, de mobilité, qui offre à la ville la possibilité de toujours se renouveler, par le biais de dispositifs d'échelles préhensiles.

La problématique de ce semestre propose d'imaginer un type nouveau de mobilier urbain, qui pourrait-être par exemple la version contemporaine du kiosque, et qui soit pensé dans sa capacité à favoriser un rapprochement entre individuel et collectif. Quels services pourraient devenir catalyseurs de nouvelles pratiques sociales collectives? Quels pourraient devenir les statuts sociaux et urbains de ces derniers ? Là se situe la proposition de l'atelier. Les étudiants devront réfléchir et concevoir des dispositifs à implanter dans l'espace public, qui puissent devenir aptes à le qualifier de nouvelles natures par le biais des fonctions qu'ils proposeront, et qui devront hybrider narration individuelle et destin collectif .

 

Le thème du projet s'attache à faire appréhender aux élèves une situation existante en déficit de vitalité, de sens, en vue de les amener à concevoir un projet qui réponde à une ou plusieurs problématiques qu'ils auront observées et analysées in situ, et à laquelle (auxquelles) ils souhaiteront répondre. Cet exercice leur propose de réfléchir en amont de toute formalisation plastique, aux conditions mêmes du projet qu'ils développeront, c'est-à-dire au pourquoi/pour qui/comment/ et avec quels moyens, le projet sera développé. Il est demandé aux élèves de construire le scénario de leur projet par le biais de la mise au point d'un cahier des charges qui servira de socle et de référent au projet final. Les élèves doivent faire preuve de curiosité et doivent étayer leurs propos écrits et plastiques de tous les référents culturels permettant d'appuyer leur projet. Tous les modes d'expressions sont acceptés, mais il est demandé pour le rendu final une attention toute particulière à la communication des projets. En cela une utilisation des supports numériques est encouragée.

Mode pédagogique
L'atelier propose aux étudiants d'analyser un quartier, d'en comprendre l'échelle urbaine globale, et de travailler à partir d'un cahier des charges qu?ils auront à définir, à des dispositifs particuliers d'échelles proches de celles du "mobilier urbain". Le travail se fait selon 3 temps.
Le premier est celui de l'analyse et de l'exploration in situ. C'est un travail par groupes de 2. A partir de documents fournis en début de semestre (plans coupes façades, axos, photos, dossier d'analyse du quartier, diagnostic social) émanant des instances administratives dont ce quartier dépend, les étudiants devront faire un travail d?analyse et de synthèse. En parallèle ils se déplaceront sur le site et l?analyseront aussi selon l'expérience qu'ils s'en feront («reportage» photos, interviews, croquis).
Le second temps permet de mettre au point et à plat ses analyses et ses observations, en définissant un cahier des charges. C'est un travail individuel. Cette étape sert d'articulation entre la période d'analyse proprement dite et celle du développement du projet. Elle permet à l'élève de clarifier et de caractériser l'objet de son projet, et d'en préciser la finalité et les modalités.
Le troisième temps est celui du développement du projet. C'est un travail individuel. Chaque étudiant devra tout mettre en œuvre pour rendre son projet pertinent sur les plans esthétique, fonctionnel et technique. Travail à partir de croquis, plans, maquettes réelles et virtuelles, films, photos, photomontages, textes, * .
Les élèves auront à suivre cette méthodologie pour avancer de manière efficace et continue dans leur projet. Chaque étape constitue à elle seule une partie de projet et sera donc évaluée en fonction. Le projet final devant constituer l'étape ultime et l?aboutissement logique du processus qui l'aura généré.

 

Le sujet choisi
Inventer des dispositifs aptes à requalifier la dalle de Tolbiac dans le quartier des Olympiades. Paris 13ème. L'enjeu est de réfléchir à partir d'un exemple concret qui constituera le territoire d'analyse puis de développement du projet. Nous avons choisi comme partenaire pour ce projet le département de la Direction des Affaires Culturelles à la Politique de la Ville de Paris, par l'intermédiaire de son directeur Mr Aguas.
Nous proposons ainsi d'identifier un espace urbain aujourd'hui déqualifié car en désaffectation, et de réfléchir à son devenir, en le considérant comme terrain d'expérimentations. Ce choix a été fait sur la dalle de Tolbiac dans le quartier des Olympiades, car des études pour la réhabilitation de ce quartier sont en cours, et que ce quartier revêt des spécificités très particulières : une identité originale dans Paris de part sa typologie (tours des années 70), une population importante métissée et diversifiée, ainsi qu'un tissu associatif très actif.

Les recherches et les projets effectués dans le cadre du 1er semestre seront transmis aux étudiants du 2nd, par une présentation individuelle de chacun durant le mois de février 2003. Date à définir. Durée 1/2 journée.

Il s'agira pour chaque étudiant en premier lieu d'analyser le quartier en s'y rendant, et d'observer sur place son urbanité, ses architectures, ses mobiliers urbains, sa vie, ..., et d'en explorer aussi les visages qu'il revêt "ailleurs" : sur Internet, dans les articles de journaux, dans la littérature, le cinéma.... Il sera communiqué à cet effet une liste de références ayant trait au quartier. Cette immersion afin d'être le plus fertile possible se fera par groupes de 2.

Durée entre 4 et 5 semaines.

 

Ensuite, de manière individuelle, chacun devra réfléchir aux modalités de l'intervention qu'il souhaite proposer, en considérant que celle-ci devra permettre d\'accueillir de nouvelles pratiques et devra formuler de nouvelles utilisations de "La Dalle de Tolbiac" dans certaines de ses parties, à certains moments. En cela chacun pensera son projet comme vecteur de nouvelles attitudes et de nouvelles activités, en rapport aux nécessités attendues dans le site, ou de celles imaginées pour son devenir. Chaque étudiant établira un cahier des charges qui décrira le(s) champ(s) d\'intervention et le(s) lieu(x) qu'il aura choisis, comme thème et support de son projet.

Durée de 2 à 3 semaines.

 

Puis viendra le temps du développement du projet proprement dit. Il s'agira de concevoir un dispositif de l'échelle d'un kiosque, mobile, pensé comme une greffe urbaine, apte à redonner sens à/aux espace(s) lieu(x) investi(s). Les lieux d'investigation iront de l'échelle de la place, du square, à celles des espaces attenants aux supermarchés, aux cages d'escaliers, entrées d'immeubles, ... ; ces différentes natures d'échelles permettant d'établir des scénarii distincts et complémentaires, pouvant proposer une écriture, plurielle et différenciée, de l'espace public de la dalle de Tolbiac.

 

Cet atelier s'adresse à tous les étudiants motivés par un sujet de réflexion qui propose 2 temps distincts mais complémentaires de toute création : une phase d'analyse et une phase de développement. L'évaluation se fera en fonction de la qualité de l'analyse, de la précision du cahier des charges, et de la qualité du projet réalisé. Une attention particulière sera portée sur la manipulation des différents outils de rendu et de représentation (maquettes réelles, virtuelles, utilisation des logiciels de construction 3D et de rendus, ...).

 

Il sera fait appel à des intervenants extérieurs de manière ponctuelle.
Les personnalités auxquelles nous avons pensées sont :
Didier Fuiza-Faustino : architecte.
Mr Aguas : Direction des Affaires Culturelles à la Politique de la Ville de Paris.