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Comment et où engager de nouvelles stratégies spécifiques qui puissent favoriser la réappropriation d’espaces-temps partiels de la cité par ses acteurs ?

Du 01/09/2003 au 28/02/2004

Comment et où engager de nouvelles stratégies spécifiques qui puissent favoriser la réapropriation d'espaces-temps partiels de la cité par ses acteurs ?

 

Partenaire du projet : Ville de Paris / Délégation à la Politique de la Ville.

Dans la continuité des programmes des 2 semestres précédents (année 2002-2003), le projet du prochain semestre porte une réflexion sur le sens de l'espace public comme espace du partage et lieu de représentation de l‘expression collective dans la ville. Plus précisément il propose un travail sur les nouveaux services qui peuvent questionner de manière critique certaines de ses conditions d‘existence, de ses statuts, à travers certaines de ses typologies, afin de chercher à quels nouveaux vecteurs peuvent être placés en lui, pour porter d'autres sens, de nouvelles qualités aptes à y développer de nouvelles pratiques, d'autres modes d'utilisations.

 

La Mairie de Paris possède un ancien relais de poste de 4000 m2 dans le 20° arrondissement, nommé La Forge, qu'elle souhaite transformer en plate-forme de création et de diffusion contemporaines. Celle-ci est destinée à accueillir un laboratoire pour de jeunes plasticiens, designers, musiciens, …, qui travailleront ensemble de manière transversale, sur des problématiques urbaines. Elle a pour vocation de diffuser à un public large les œuvres produites par les créateurs qui engageront des travaux de réflexions critiques sur la cité.

Maître d'ouvrage de l'opération, elle a aussi pour ambition d'impliquer les habitants du quartier dans ce projet, en mettant en place, pendant la durée du chantier, un micro-dispositif de diffusion des œuvres artistiques, sous la forme de productions numériques, afin d'ouvrir le débat sur la culture urbaine à travers l'art contemporain, et plus précisément l'art public, à la manière d'un « chantier ouvert au public ».

L'ambition de ce projet est de proposer un « moment partagé », un espace public favorisant le lien social, qui propose de nouvelles modalités d‘échanges et de participations entre les habitants d'un quartier, un public, et les artistes, par le vecteur des œuvres d‘art qui y seront produites.

Le projet

Le projet a pour objet la création d'un micro-centre d‘art itinérant, un espace/objet/interface minimum permettant d'accueillir et de diffuser les œuvres d'artistes à travers la vidéo, le multimédia, la musique, … . Il s'agit de concevoir un dispositif à usages multiples, à dimensions variables, approppriable à la fois par un public averti, et par un public de voisinage. Pendant toute la durée du chantier celui-ci sera implanté sur un terrain jouxtant le bâtiment en travaux. Au delà du temps du chantier, il est destiné à voyager, et à être implanté dans les lieux les plus divers, au travers desquels il pourra trouver de nouveaux sens. Le choix de ces lieux, permettra d'accompagner le projet en l'articulant dans des réalités différentes, qui chacune par sa nature, sa spécificité et ses conditions, le réinterprètera en une interface chaque fois différente.

Plusieurs contexte, des stratégies.

La ville a toujours associé à chaque forme d'espace public urbain des usages spécifiques collectifs. Squares, marchés, rues, parcs, places, …, correspondaient jusqu'à peu à des pratiques précises et reconnues par tous. Aujourd'hui les nouveaux lieux de l'échange se déplacent progressivement sur le réseau et deviennent (en théorie) accessibles par le plus grand nombre. La complexité actuelle de chaque forme rend inopérante une lecture globale. La dimension originelle de l'espace public comme accueil des expressions, des mouvements et des confrontations sociales des hommes, est bien souvent tombée en désuétude, et a abandonné nombre de ses typologies spécifiques autrefois qualifiées, à des statuts de « non-lieux » muséographiés, seulement considérés comme simples lieux de transit.

Si beaucoup d'espaces publics urbains ne sont plus que des « passages » transitoires entre les éléments fondateurs (mairie, marché, place, ..) de la cité et la sphère privée de l'individu, cette transition ne s‘opère plus uniquement en termes de seul rapport spatial linéaire : extérieur/intérieur (rue/maison par exemple), mais à travers de nouvelles complexités spatiales, sociales, temporelles, …, fragmentées, imbriquées, …, qui génèrent des « états flous » sporadiques, sans identité définie, …, représentant de nouveaux territoires à questionner à l'intérieur desquels nous pouvons rechercher de nouvelles dynamiques.

Car avec les technologies miniatures de la communication l'individu transporte avec lui les outils qui lui permettent d'avoir accès à tout moment à un nombre sans cesse croissant des services qu'offre la cité, dans les moments intimes de son univers personnel (maison, travail). Dans un sens opposé la transportabilité de ces outils devenus très légers, virtuels, et souvent très performants offrent à chacun la possibilité de transporter son univers le plus intime au sein de l'espace public et d'y construire à tout moment, de manière temporaire, son expérience individuelle au cœur même de la cité. Les frontières entre domaines publics et privés se diluent, et en mouvement oscillant continu, génèrent des paysages fluctuants, instables, furtifs mais aussi fragiles. 

C‘est dans ces nouveaux « états » incertains, miroirs de notre société, que de nouvelles stratégies restent à imaginer, par la création de nouveaux services, d'autres interfaces, capables de devenir des vecteurs dynamiques aptes à favoriser de nouvelles formes de liens.

L'élaboration du projet 

Par l'analyse

Il s'agit pour l'étudiant de construire son positionnement personnel au regard de la problématique posée, comme condition première à la création du projet, en l'étayant de références précises. Les étudiants doivent élaborer une démarche critique sur les questions actuelles liées à l'espace public, à travers le prisme de l' « art public ».

De nombreux artistes ont choisi d'investir l'espace public comme cadre d'exploration/expérimentation et de représentation afin de révéler aux citoyens les disfonctionnements et les contradictions de notre société. A travers leurs créations, ils interrogent et provoquent le public dans son corps collectif afin d'ouvrir des brèches dans lesquelles de nouveaux débats liés à la liberté de création et d'expression sont proposés. Les artistes tels que K. Wodiczko, B. Kruger, N.Holtzer, D. Graham, Dennis Adam, le collectif Stalkers, Josef Van Lieshout, Tadashi Kawamata, Vito Acconci, Rafael Lozano-Hemmer …se saisissent de moments/lieux du réel, et y opérant par détournement, mettent la ville à nu, permettant à chacun de la lire et se la réapproprier à sa manière.

- Plusieurs artistes seront invités à présenter leur travail.

- Un commissaire d'exposition et/ou un inspecteur de la Délégation aux Arts Plastiques viendra faire une conférence sur les formes de l'art public.

Par sa scénarisation

La recherche portera sur la nature même du projet. Il s'agit de penser l'objet/espace/interface comme lieu/moment d'échange et de confrontation entre un public et les artistes au travers d'un débat (par l‘expérience des artistes; par le médium de l‘oeuvre ), dans la perspective de le penser comme « activateur » d'espace public. Objet mobile ( voir sériel), il peut être implanté dans des territoires, des moments indéterminés, vagues, que la ville produit et délaisse par « accident » (réf. des champs d'intervention des artistes précédemment cités ) en vue de provoquer des interactions surprenantes entre le public et le lieu, en opérant par greffe s'immisçant, se superposant aux territoires auxquels il est confronté. L‘espace /objet /interface « occupe » le terrain, l'investissant comme un intrus, pour un temps déterminé, le temps d'un voyage à travers quelques créations artistiques.

Ainsi, au delà du premier contexte dans lequel il doit être implanté (site de la Forge), il s'agit d'explorer le sens d'un tel dispositif, de le mettre en perspective à travers d'autres situations, sociales, économique, typologiques, de le confronter à d'autres contextes, pour qu'il produise du sens. Chaque étudiant aura à élaborer l'itinérance du dispositif en choisissant les terrains d'implantations, en les justifiant et en envisageant les déclinaisons possibles que l'objet/espace/interface développera à partir de chaque situation.

Par son cahier des charges.

Il s'agit pour chaque étudiant d'élaborer le cahier des charges de son objet, comme base de développement technique et formelle du projet en y intégrant tous les paramètres de sa complexité.

Comment concevoir un dispositif spatial minimum, mobile, flexible, à dimension variable, et performant dans une économie de mise en œuvre. Il s'agit là de réfléchir à l'adaptabilité d'un tel dispositif, à sa transportabilité, c'est à dire d'une part à sa capacité à recevoir un public vaste, mais aussi à sa capacité de déplacement et d'implantation dans des contextes multiples et variés. Nous proposerons aux étudiants de réfléchir à la mise en œuvre du projet à partir de notions telles que l'assemblage, le pli, l'articulation, le gonflable, la légèreté, l'élasticité, la flexibilité… Intervention de créateurs comme Hans Walter Muller ou Gilles Ebersold.

Par sa communication

Durant son développement, chaque étudiant travaillera la communication de son projet avec les outils qu'il choisira.

A la fin du semestre une communication collective des différents travaux sera réalisée selon une charte graphique et par le biais d'un médium. Une publication et/ou exposition des travaux du semestre sera réalisée dans La Forge ou un autre lieu approprié.