ENSCI - Les Ateliers

La plage du grand large

Du 01/02/2004 au 01/07/2004

Lieu: Marseille
Territoire: la jetée du large
Partenaire: Euroméditerrannée

En s'emparant de problématiques liées à l'espace urbain, la création industrielle permet d'engager sur lui de nouveaux types de réflexions sur les moyens de l'organiser, en questionnant les notions d'échelles, - entre architectures et objets -, d'usages, d'adaptabilités, de rythmes, de temporalités... de cycles.
C'est dans ce questionnement que nous avons choisi de faire réfléchir les élèves. À Marseille sur la bande maritime du port industriel de la Joliette, dans le périmètre d'Euroméditerrannée (établissement public d'aménagement) , une longue digue, "la jetée du large", qui délimite la zone du port, lieu d'activités diverses (bain, pêche, échanges, trafics, ...), de promenades, de rêves et d'évasion durant des décennies, est depuis peu désaffectée et fermée au public, dans l'attente d'un projet d'aménagement innovant, dynamique et flexible.

 
Le contexte
Marseille a engagé depuis 7 ans un grand programme de restructuration de son centre, dans les quartiers du port autonome, de la Joliette, d'Arenc, et de Saint Charles. Premier port marchand d'Europe jusqu'au milieu des années 60, son activité portuaire à décliné, et en place d'un territoire actif en centre ville, la zone portuaire est devenue un vaste territoire déqualifié , au potentiel urbain considérable. Les enjeux économiques, sociaux, et géopolitiques de cette opération urbaine étant très importants, la ville, la région et l'état, sous la férule d'un établissement public d'aménagement: Euroméditerranée, de financements locaux, nationaux et européens, ont mis au point une stratégie de développement de grande ampleur, ayant pour ambition de donner à Marseille une position d'importance au sein des grandes métropoles européennes, et notamment de retrouver une position clef parmi les ports méditerranéens, en concurrence de Gênes et Barcelone. Dans cette stratégie, la ville va tenter de reconquérir cette partie de centre ville, en cherchant à gagner une plus grande façade maritime. De nombreuses opérations ont déjà été lancées, certaines sont en cours, d'autres à venir. La Cité de la Méditerranée est probablement l'exemple le plus particulier, mais aussi le plus représentatif des orientations vers lesquelles la ville tend. Située entre le centre ville - partie du Vieux Port -, et le port autonome, dans une partie historique préservée dont le Fort Saint Jean marque la limite sud, le projet de la Cité de la Méditerranée propose la construction d'un programme d'équipements à vocation économique et culturelle (musée des cultures de l'Europe et de la Méditerrannée, Centre de la mer, aquarium, salle de spectacles, multiplex, centre des congrès), dont l'objet est de lui permettre de se réapproprier son horizon maritime, en affirmant sa nouvelle identité portuaire.
Opération prioritaire d'Euroméditerranée, la Cité de la Méditerranée s'inscrit dans une volonté de relier le secteur portuaire avec le cœur de la ville (deux entités longtemps séparées ), dans la volonté de faire vivre ensemble un port en pleine activité (qui sera axée sur le transport de passagers et les croisières) et une ville habitée.

 
La digue du large
Dans ce territoire où la mer est l'élément majeur, un objet vient dessiner une fine séparation entre la ville et la mer. C'est la jetée du large, longue bande de béton et de pierres de 7 km de long, qui protège les bateaux des humeurs de la Grande Bleue, et s'étend de la passe du Vieux Port jusqu'à l'Estaque. Cette digue appartient à la ville et au cœur des marseillais, comme un peu plus loin le Ferry Boat qui traverse le Vieux Port, ou un peu plus « avant » le pont transbordeur qui marquait l'entrée de ce dernier ( détruit pendant la 2ème guerre mondiale). Elle constitue un élément phare de l'identité de la ville. Aujourd'hui, malgré cet attachement des habitants, elle fait plutôt figure de terrain oublié, et on peut imaginer que cette image pourrait être encore plus exacerbée par contraste, quand le front de mer aura été rebâti. Sur cette portion de territoire qui fait face à la ville, on retrouvait jadis de nombreux habitants venus chercher ici de petits quelques choses. Apprendre à nager: nombreux petits marseillais des quartiers nord y ont bu leurs premières tasses; pêcher: « des rascasses grosses comme le bras » pour d'autres depuis les pierres plates qui façonnent ses flancs; ou rêver: loin du tumulte de la ville pourtant si proche. Elle a été lieu de promenade, de baignade, de pêche, de rêveries, de trafics, de règlements de comptes, d‘homicides, …, et a ainsi façonné son identité et sa légende. Sur cette portion de terre, offrant des points de vues exceptionnels,... sur le port et la ville d'un coté, vers le grand large de l'autre, on retrouvait jadis marins, poètes, voyageurs, cherchant leur moment de solitude, d\'espace, de rêve, d'horizons lointains ...La jetée était une borne, un point de départ, une plate-forme, un but ; l'espoir d'un mélange entre terre et mer, utilité et utopie, promesse et oubli.
Depuis quelques années elle est interdite au public, fermée, inaccessible ; et dans l'attente d'un beau projet qui pourrait réconcilier le mythe avec les nouveaux enjeux économiques et culturels de la ville, la jetée n'a pour seule fonction, que d'être une réserve d'accostage, en cas d' encombrement du flux maritime. Triste présent !

 
Le projet
Aménagement de la jetée du large Marseille en plage urbaine: espace public de détente, d'agrément.
Créer de micro équipements mobiles ou macro-objets, permettant de qualifier de manière sensible ce territoire-paysage.
Inventer de nouveaux scénarios d'usages de cet espace public.
Il s'agit de redonner un véritable identité à la digue, pour la rendre à la ville à venir, et donner aux marseillais, et aux voyageurs, en transit un lieu exceptionnel à pratiquer. Le terrain est à considérer comme non-constructible. Sa particularité est dans son statut "non fini", tangible, capable d'accueillir des scénarios d'usages flexibles, multiples, légers, afin de préserver "sa nature première". Il s'agit donc de procéder par habillage/déshabillage de la digue, de disposer/déposer/greffer des objets légers, mobiles, multiples (multipliés), plutôt que d'opérer par construction. On propose donc de se saisir d'une situation urbaine dans toute sa complexité : son rapport à l'histoire et au mythe qu'elle représente, les valeurs d'usages qu'elle a portées, son inscription dans l'avenir de la ville, son grand potentiel territorial.