DEMAIN, SUR LE FIL

C’est le titre du mémoire de diplôme en Design textile d’Axelle Gisserot (2018). Entretien avec l’auteur et Sophie Coiffier, sa directrice de mémoire.

Axelle, comment s’est passé pour toi le temps du mémoire ? Quel a été le déclenchement de ce travail ?

Une immersion de six mois chez Quechua (marque de randonnée de Decathlon) m’a fait prendre conscience de l’ensemble de la chaîne de conception et de production de produits techniques pour le sport. J’ai réalisé le volume de productions qui sortaient de ces usines par rapport au peu d’acteurs qui fabriquent le produit. Le temps de conception est très court donc la responsabilité de ces acteurs est grande vis-à-vis de l’impact de la production sur l’environnement, la santé et l’humain. Dans le sport, aujourd’hui, tissu technique veut dire obligatoirement tissu synthétique. J’ai donc voulu analyser plus loin les tissus techniques, et la possibilité qu’on aurait d’utiliser d’autres matières, d’autres processus de mise en forme etc. Concernant le temps du mémoire : j’ai apprécié ce temps de réflexion et de recherches que j’ai poussé assez loin. Cela m’a permis de clarifier à la fois mes interrogations et mes convictions quant à ce qui me tient à cœur, à savoir la préservation de la planète.

Qu’as-tu mis en place comme méthodologie de recherche et quelle forme a pris finalement le mémoire ?

Dans un premier temps on a construit un plan général, et j’ai fait pas mal de recherches – d’ailleurs je me suis amusée à plonger dans des ouvrages très techniques que j’ai trouvés dans des lieux que je n’aurais jamais imaginé fréquenter. Ces recherches m’ont ensuite permis d’aller rencontrer des acteurs - designers, biologistes, chefs de productions dans l’industrie textile, stylistes, biodesigner - afin de compléter cette étude. Une fois toutes ces données récoltées, je suis passée à l’écriture.

Le but de tout cela était aussi d’aller au-delà d’idées reçues que l’on peut avoir sur l’éco-conception. J’ai décidé d’organiser de manière fluide ces différentes couches de connaissances car il y a un échange permanent entre les interviews, les analyses de projets en recherche ou déjà développés, et ma propre réflexion. Cela fait de ce mémoire à la fois un catalogue, un outil et un manuel présentant différents degrés d’informations.

Sophie, vous avez dirigé ce travail. Selon vous en quoi cette forme de rendu de recherche est-elle intéressante pour un mémoire de diplôme en design textile ?

Ayant suivi différents types de mémoires, je ne fais pas forcément de distinction entre des mémoires de création industrielle et de design textile. Je veux dire par là aussi que je ne privilégie pas une « forme » plutôt qu’une autre. À partir de la problématique choisie par l’élève ainsi que de ses « désirs d’enquête », nous fabriquons la forme ensemble.

"C’est là que nous avons eu l’idée de (re)partir du fil, c’est-à-dire de ce qui fait un tissu."

C’est pour cela que je dirais plutôt que j’accompagne le mémoire. Ici, il s’est agit de réfléchir autour des questions de développement durable et d’un devenir souhaitable pour l’avenir de la production textile industrielle. Il nous est très vite apparu que cette problématique n’était pas seulement complexe du point de vue économique, elle l’était aussi d’un point de vue géographique, politique, en amont et en aval de la chaîne de production, etc. C’est là que nous avons eu l’idée de (re)partir du fil, c’est-à-dire de ce qui fait un tissu. Et cela nous a amenées à vouloir répertorier tous les essais et recherches menées pour l’amélioration de cette production, à l’échelle expérimentale comme à l’échelle industrielle et ce, sans naïveté ; c’est-à-dire en regardant en face les problèmes qui subsistent même dans des projets très innovants. À ce titre, ce mémoire est exemplaire car Axelle Gisserot a mené un travail de récolte et d’analyse assez extraordinaire.

Quel intérêt a constitué pour vous ce travail de direction ? Y a-t-il selon vous des spécificités du mémoire à l’ENSCI, et si oui lesquelles ?

Tout travail d’accompagnement d’un mémoire est fabuleux, car on apprend des choses et on est obligé de se dépasser afin de trouver des solutions, par exemple des solutions d’organisation des idées et de construction du mémoire. Dans le cas du mémoire d’Axelle, la qualité de la mise en page, qu’elle a longuement travaillé, permet d’avoir une approche didactique susceptible d’accueillir différents types de lecteurs (plus ou moins experts de l’industrie textile). Nous avons donc imaginé un système de fiche(s) et d’exemples qui permettent d’éclairer le propos, tout en n’alourdissant pas le contenu. C’est là la richesse et la spécificité, selon moi, de tout mémoire de design, et du mémoire de l’ENSCI en particulier : la forme pense autant que le fond. C’est un ensemble. Ce qui fait du mémoire un projet de design à part entière, d’un autre type peut-être, mais un projet de design tout de même.

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Axelle GISSEROT est designer textile, diplômée de l’ENSCI-les-Ateliers en 2018.  Elle s’intéresse particulièrement aux problématiques environnementales.

Sophie COIFFIER est écrivain et chercheuse indépendante, enseigne les arts plastiques, l’histoire de l’art et l’écriture.


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