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C’est le titre du mémoire de diplôme de créateur industriel de Natacha Poutoux, qui propose une expérience de lecture autour de la vitesse. Entretien avec l’auteur et Marcelline Delbecq, sa directrice de mémoire.

Natacha, comment s’est passé pour toi le temps du mémoire ? Quel a été le déclenchement de ce travail ?

J’ai beaucoup appréhendé le moment du mémoire pendant mon parcours, en particulier parce que l’écriture n’a jamais été mon médium de prédilection. C’est pourquoi j’ai rapidement demandé à Marcelline de me suivre dans ce travail, car je savais qu’elle pourrait être réceptive à toutes les façons d’écrire.

"Je n’avais jamais trop réfléchi auparavant à ce que mon expérience de musicienne avait pu amener dans ma façon de regarder les choses"

Et en effet, cela m’a permis d’envisager le mémoire comme un moment pour questionner le rapport entre le fond et la forme. Le déclenchement de ce travail a été assez introspectif, je voulais confronter deux moments de ma vie : celui ou j’ai été musicienne avant l’ENSCI, et celui ou je suis devenue designer.  Je n’avais jamais trop réfléchi auparavant à ce que mon expérience de musicienne avait pu amener dans ma façon de regarder les choses. En lisant 24/7 de Jonathan Crary, je découvrais un peu mieux quels liens pouvaient exister entre la notion vitesse et celle du regard. Je me suis donc posée cette question : comment la vitesse influe t-elle sur notre façon de regarder les choses ?

Qu’as-tu mis en place comme méthodologie de recherche, et quelle forme a pris finalement le mémoire ?

Au début, j’ai commencé par imaginer des courtes fictions. J’en ai filmé une, mais ça ne fonctionnait pas trop… C’était assez décevant, et on avait du mal à comprendre le message derrière tout ça. Je me suis rendue compte que ça allait être vraiment très long et compliqué de réussir à faire passer autant d’idées seulement avec le médium vidéo.

"Travaillant sur cette idée de vitesse, je me suis demandée comment faire passer un message avec un minimum d’informations ?"

Je sentais que j’avais quand même besoin de poser des mots sur du papier pour avancer dans ma réflexion. Finalement, c’est en écrivant directement dans Indesign, en travaillant le fond et la forme simultanément que j’ai réussi à me débloquer avec l’écriture. Travaillant sur cette idée de vitesse, je me suis demandée comment faire passer un message avec un minimum d’informations ? Je voulais jouer sur le rythme de lecture, éprouver le lecteur, lui laisser le temps de créer des liens entre image et texte, assumer le vide comme un temps mort à part entière, comme un silence en musique. On ne sait pas vraiment où le mémoire commence et finit, l’idée est de pouvoir ouvrir une double page et de quand même avoir une compréhension de ce fragment.  

Marcelline, vous avez dirigé ce travail. Selon vous, en quoi cette forme de rendu de recherche est-elle intéressante pour un mémoire de diplôme en création industrielle ?

Un mémoire, à fortiori tel qu’il est pensé à l’ENSCI, doit être en quelque sorte « ce qui reste » quand il n’y a plus rien à voir. C’est la face immergée de l’iceberg, tout ce qui s’est fondu dans l’objet finalisé (objet de design) au point de n’être plus perceptible et qui, pourtant, le constitue intrinsèquement.

"Son mémoire est un objet qui doit se transmettre, à la fois pour témoigner de la pensée à l’œuvre d’une jeune designer et pour donner envie aux générations futures de s’approprier cette recherche avec autant d’aplomb."

Le mémoire donne à lire et à voir un cheminement de pensée(s), est le fruit d’un travail de fond élaboré pendant plusieurs mois sans jamais perdre de vue la partie « physique » qui lui fera écho in fine. A ce titre, le mémoire de Natacha Poutoux a une logique indéboulonnable qui en fait un objet complet dans son fond comme dans sa forme : son contenu peut être désolidarisé et photocopié à l’infini. Son mémoire est un objet qui doit se transmettre, à la fois pour témoigner de la pensée à l’œuvre d’une jeune designer et pour donner envie aux générations futures de s’approprier cette recherche avec autant d’aplomb.

Quel intérêt a constitué pour vous ce travail de direction ? Y a-t-il selon vous des spécificités du mémoire à l’ENSCI, et si oui lesquelles ?

C’est toujours très intéressant de suivre des mémoires à l’ENSCI, car mon apport est en quelque sorte « décalé » : je suis à la fois plasticienne et auteure, engagée dans un processus de recherche au long cours (doctorante à l’ENS), et absolument pas designer. J’ai longtemps enseigné en écoles d’art puis à l’Ecole du Paysage de Versailles, donc abordé autant de manières de concevoir l’acte de création.

"(...) articuler une pensée parfois jamais mise en mots et la faire coïncider avec la réalisation d’objets, tout cela est précieux (...) "

En effet le travail du mémoire à l’ENSCI est spécifique car il propose une approche qui n’est ni celle des artistes ni celle des paysagistes. De plus, ce temps qui lui est imparti, ce « time-frame » offert aux étudiant.e.s pour développer une ou des questions qui leur soient propres, articuler une pensée parfois jamais mise en mots et la faire coïncider avec la réalisation d’objets, tout cela est précieux et permet vraiment d’accompagner les étudiant.e.s dans leur recherche, d’avancer et de réfléchir en parallèle pour que les choses prennent forme. À l’écrit en premier lieu.


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