Ex-Fabrica, nouvelles histoires naturelles

C’est le titre du mémoire de diplôme de créateur industriel de Charlène Guillaume, une exploration autour des mécanismes du vivant et de l’histoire naturelle. Entretien entre l’auteure et Olympe Rabaté, sa directrice de mémoire.

 

Charlène, comment s’est passé pour toi le temps du mémoire ? Quel a été le déclenchement de ce travail ?

Le mémoire m’a permis d’explorer une thématique autour de laquelle je gravitais depuis longtemps. Au fil de mon parcours, j’ai rencontré des acteurs pour qui le «vivant» est au cœur des préoccupations, du biologiste de synthèse au paysagiste, en passant par le maraîcher. À chaque fois, leurs approches (souvent très éloignées) m’intriguaient : j’ai choisi de remonter le temps pour comprendre l’évolution des pensées actuelles.

" Mon point de départ a été le naturaliste, une figure qui émerge à la Renaissance. Sa quête de savoirs l’a emmené à s’écarter des conventions habituelles pour se rapprocher du terrain et inventer une discipline collective."

J’ai donc commencé cette vaste exploration en enquêtant sur sa pratique. Plus la recherche avançait, plus je (re)définissais mon sujet : c’était très stimulant ! Je redoutais un peu la deuxième phase du travail, l’écriture, un exercice avec lequel je me sentais moins à l’aise. Olympe m’a beaucoup aidée, et à force d’itérations on a finalement trouvé un format pour partager cette recherche.

Qu’as-tu mis en place comme méthodologie de recherche, et quelle forme a pris finalement le mémoire ?

À travers plusieurs investigations documentaires, j’ai interrogé les méthodes, les regards et les outils de plusieurs personnages. Les images se sont accumulées de manière empirique, d’abord collectées dans des carnets, puis agencées sur des pans de murs. Cette méthode m’a permis de faire des rapprochements entre des références parfois éloignées, mais aussi de cheminer librement dans cette Histoire complexe. On a souhaité conserver cet aspect dans l’objet éditorial, c’est pourquoi une double page d’images succède à chaque texte.

L’organisation du mémoire est en miroir, avec une première partie historique qui décrypte la singularité de cette approche. La seconde partie la met en perspective avec des pratiques actuelles, où les frontières du «naturel» sont souvent remises en question.

"Les époques s’alternent et se répondent, jusqu’à être projetées dans un futur lointain par le biais de la fiction. "

Ces  "tableaux fictifs" font office de conclusion, sortes de mises en scènes subjectives qui ouvrent à de nouveaux questionnements, peut être plus critiques.

 Olympe Rabaté, vous avez dirigé ce travail. Selon vous, en quoi cette forme de rendu de recherche est-elle intéressante pour un mémoire de diplôme en création industrielle ? 

Pour ce mémoire, ce qui est intéressant ce n’est pas tant la forme finale, que la mise en forme du processus de recherche, qui s’est fait via la collecte d’images. Charlène a rassemblé un corpus de documents iconographiques issus de l’histoire des sciences naturelles pour en faire une analyse critique et comparative. À partir de ces fragments épinglés au mur, elle a cherché à interroger la nature de ces différents artefacts (visuels et spatiaux) qui ont façonné notre connaissance et notre compréhension du vivant.

"C’est un travail d’archéologie des sciences naturelles par le design, qui interroge les outils et les dessins des naturalistes comme les lignes de codes des biologistes de synthèse. "

Quel intérêt a constitué pour vous ce travail de direction ? Y a-t-il selon vous des spécificités du mémoire à l’ENSCI, et si oui lesquelles ?

Je pense qu’il est important que les designers aient du temps pour enquêter sur des disciplines qu’ils ne connaissent pas et s’immerger sur le terrain. Ils offrent un regard et une perspective qui peuvent permettre de sortir de certaines impasses. Les collaborations transdisciplinaires allant se multiplier, nous aurons besoin de plus en plus de designers capables de traduire et de co-concevoir avec les acteurs de l’équipe. Comment allons-nous protéger et faire évoluer le vivant sur notre planète, quel futur biologique souhaitons-nous ? Quel(s) projet(s) donner aux organismes vivants si nous pouvons désormais les programmer ? Quid de l’évolution naturelle des nouveaux patrimoines génétiques ?  

"J’ai toujours été fascinée par la prospective et suis convaincue que les designers devraient être conviés à réfléchir sur ces questions fondamentales, au même titre que des anthropologues ou des climatologues."

 Les tableaux fictifs glissés à la fin permettent à Charlène de pénétrer l’ingénierie des processus et d’explorer de nouveaux possibles naturels. Tels des mini “Black Mirror”, ils rendent ces scénarios abstraits plus sensibles et tangibles. 

 

Charlène Guillaume est diplômée en création industrielle depuis 2018. Son mémoire de diplôme est consultable à la Documentation de l’ENSCI.

Olympe Rabaté est ancienne élève de l’ENS Cachan au département Design, agrégée d’arts appliqués, chargée de recherche, de communication et de développement au sein d’agences d’architecture. Elle enquête aujourd’hui en exploratrice indépendante sur le « design d’écosystèmes », autour de la permaculture, de la régénération de la biodiversité, de la cohabitation hommes-animaux et des nouveaux modes de vie. 

 


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