LOGIQUES IMPRÉVUES

C'est le titre du mémoire, conçu sous forme de film documentaire (2018), de Nikita Vidal. Entretien avec l'auteur et Rémi Sussan, son directeur de mémoire.

Nikita, comment s’est passé pour toi le temps du mémoire ? Quel a été le déclenchement de ce travail ?

Pendant mon parcours j’ai eu l’occasion de m’intéresser à différents systèmes d'interfaces graphiques. Le mémoire était pour moi l'occasion de découvrir de nouveaux médias et d’étudier leur langage. Je me suis demandée s’il existait un média capable de nous faire assimiler une masse d’informations. En menant mes recherches, j’ai découvert le jeu vidéo de stratégie en temps réel, ce jeu très riche et peu connu du grand public, s'avérait extrêmement riche à analyser du point de vue de son interface, très dense, de ses mécaniques complexes, mais également de sa vitesse de jeu. Je n’y avais jamais joué avant d’entreprendre le mémoire. C’était très excitant de me plonger dans un monde que je ne connaissais pas mais cela m’a aussi demandé beaucoup de travail.

Qu’as-tu mis en place comme méthodologie de recherche, et quelle forme a pris finalement le mémoire ?

Après m’être documentée sur le sujet, j’ai vite compris qu’il fallait que je rencontre des joueurs pour comprendre ce qui les attirait, comment et pourquoi ils jouaient mais aussi quels comportements ils développaient face à ces jeux. Pour cela j’ai interviewé des joueurs mais aussi des professionnels du jeu : des game designers, des graphic designers et des sound designers. En parallèle, je les ai observés sous l’oeil de ma caméra, je les ai filmés en train de jouer pour essayer de capter leurs mimiques, leurs expressions, leurs gestes et les comportements qu’ils pouvaient développer en jouant. J’ai pensé mon mémoire sous la forme d’un documentaire vidéo. Ce médium me semblait le plus approprié pour retranscrire ce que j’observais. Je pouvais alors entrelacer des morceaux d’interview, avec des extraits de jeux vidéos, de films et d’images que je collectais, narrés en voix off.

"il faut souligner qu'un tel travail demande à minima autant d'efforts qu'un mémoire plus classique"

Rémi Sussan, vous avez dirigé ce mémoire. Selon vous, en quoi cette forme de rendu de recherche est-elle intéressante pour un mémoire de diplôme en création industrielle ?

Dans le cadre du thème exploré, les jeux de stratégie en temps réel, la forme visuelle – et animée – s'est révélée un choix judicieux. C'est un sujet très "geek", peu connu en dehors de certains milieux. En mode texte, les explications les plus basiques auraient été terriblement longues, et rien ne dit qu'elles auraient réellement éclairé le lecteur. Par ailleurs, les jeux eux-mêmes tablant sur l'attractivité par la qualité de graphismes et des animations, pourquoi se priver de donner au mémoire la même attractivite ? Du point de vue pédagogique, il faut souligner qu'un tel travail demande à minima autant d'efforts qu'un mémoire plus classique avec, notamment, la recherche de documentation, la définition d'un angle, la mise au point d'une argumentation. Ici, la création d'un film a demandé des compétences supplémentaires et un gros travail sur l'image et le son.


Quel intérêt a constitué pour vous ce travail de direction ? Y a-t-il selon vous des spécificités du mémoire à l’ENSCI, et si oui lesquelles ?

Cela a été une expérience treès enrichissante. Nikita a poussé sa réflexion dans des domaines que je n'avais jamais envisagés et j'ai été surpris par la finesse de ses observations.
Je ne sais pas comment se font les mémoires en dehors de l'ENSCI, mais à chaque fois que j'ai dirigé un mémoire dans cette école, j'ai toujours été frappé par l'originalité des étudiants et leur capacité à voir les choses qu'on pouvait croire bien connaître sous un angle inédit... Concernant spécifiquement Nikita, je pensais être un "gamer", mais suivre son travail m'a ouvert de nouvelles perspectives sur le jeu !

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Nikita Vidal est diplômée en création industrielle. Son mémoire de diplôme et le texte qui l’accompagne sont disponibles en ligne à cette adresse.

Rémi Sussan est un journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, qui a dirigé plusieurs mémoires à l’ENSCI-Les Ateliers. Il a écrit de nombreux articles consacrés aux aspects les plus futuristes du domaine (réalité virtuelle, intelligence artificielle...). Il s’intéresse à l’impact des technologies ou des sciences sur les comportements sociaux ou les mouvements idéologiques. Il a récemment publié un livre sur ce sujet, Les Utopies posthumaines aux éditions Omniscience.


EN DEHORS

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